Haut Médoc 2003
La bouteille que vous avez incliné afin de déchiffrer l’étiquette n’est pas un produit comme les autres. Tout d’abord cette bouteille aux épaules charnues est une Bordelaise antique, elle est conique et son verre épais. Ce sont les premières bouteilles utilisées avant l’ère industrielle.
Si vous observez le goulot de la bouteille, vous remarquerez que la capsule est recouverte d’un film transparent, une sorte de sur capsule. Vous conviendrez qu’un tel élément n’est pas du plus bel effet ! (Je vous invite à l’ôter avec la pointe d’un couteau en partant de la base. Ensuite, elle s’enlève facilement). Cette capsule, obligatoire, renferme la « Marianne », signe que les droits de circulation sont acquittés et témoin de l’origine du produit : Récoltant. C'est-à-dire que le breuvage renfermé dans cette bouteille provient d’un seul est même endroit, a contrario de la mention Négociant qui est le plus souvent un assemblage de différents produits.
Confirmant la « Marianne », l’étiquette arbore la mention « Mise en bouteille au château » sous son appellation d’Origine Contrôlée Haut Médoc.
La petite étiquette quant à elle regorge d’informations. La centilisation 750ml puis le degré alcoolique 13%vol et le millésime 2003 sont des mentions légales. Une distinction peut apparaître : celle de « Cru Bourgeois » ainsi que le numéro de lot LJB 01 de manière à retrouver la cuve qui a donné naissance au vin.
Néanmoins, quelques lignes figurent obligatoirement sur les étiquettes « Mise en bouteille pour James BONNARDEL, négociant éleveur par x propriétaire à y ». Il s’agit là d’un contrat de partenariat. Le propriétaire met à disposition son :
- Terroir : 7 hectares de vignes de 25 ans dont 40% de Merlot et 60% de Cabernet Sauvignon complantées sur des graves (pierres rondes & galets) du quaternaire sur 15 mètres de profondeur. La densité de plantation est de 10000 pieds par hectare.
- Savoir faire : Il n’y a pas de désherbage chimique et le sol est travaillé mécaniquement, l’amendement est essentiellement organique. L’épamprage (taille atténuant la vigueur de la vigne) est manuel et un effeuillage (opération consistant à faire pénétrer le soleil dans la vigne pour mûrir les grappes) s’effectue Nord-Sud. Son rendement est de 49hectolitres/hectare.
Le viticulteur vendange manuellement ses vignes et sont mises en macération plus ou moins 3 semaines avant la première fermentation alcoolique. La vinification est traditionnelle. La seconde fermentation « malolactique » s’effectue dans la foulée. Le jus de raisin est devenu du vin, a peine né il devra être élevé.
Le viticulteur me transmet le fruit de 1 an de travail. Le vin passe en barrique. L’élevage dure 18 mois en barrique de chêne de second vin dont 15% de neuf. Le vin doit être le reflet du terroir et d’un savoir faire mais pas une infusion de bois si noble soit il. Durant cette longue période d’élevage sur lies fines, le vin sera « bâtonné » (les lies sont régulièrement mises en suspension afin d’en extraire la matière). Le vin sera ensuite clarifié par soutirage successifs par gravité (j’utilise le moins de pompe possible mais plutôt le chariot élévateur électrique !) puis « collé » au blanc d’œufs.
Le vin est ensuite mis en bouteille au château par un groupe lent. Les vins ne seront pas filtrés mais tamisés de manière à laisser toute leur intégrité. Ces produits faits avec amour ont une durée de vie estimée en fonction de l’appellation et du millésime de 12 à plus de 20 ans (pour le Haut Médoc). Bien qu’ils soient peu stabilisés au SO2 (sulfites), ils tiennent remarquablement après ouverture pendant plusieurs jours. Enfin, ils ne seront que meilleurs si vous les ouvrez ou carafez 2 à 3 heures avant de passer à table.
Le vin reste un moment de partage, souvent l’occasion d’une rencontre. Je vous souhaite donc tout le bonheur du monde. Voilà !
